La sonate au clair de lune (suite) [Kouyama Mitsuki]
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Ven 15 Sep - 12:47

Suite du RP La sonate au clair de lune




Révélations


La météo semblait vouloir changer un tant soit peu à en juger de la température ambiante en baisse et du vent augmentant légèrement en intensité. Aussi, le ciel auparavant si dégagé, dévoilant ainsi toute la splendeur de la voûte céleste, se retrouvait désormais ponctué par des nuages ici et là. De ce fait, l’astre de la nuit parvenait à émettre sa douce lueur pâle que par intermittence, plongeant de temps à autres un peu les lieux non éclairés par les lumières de la ville dans l’obscurité. Pourtant, malgré ce tableau quelque peu assombri, quelque chose persistait à briller. Non, plusieurs choses, en vérité. Si l’on pouvait évoquer le regard transparaissant un fort caractère de chacun des deux protagonistes, l’étrange anneau au doigt ou les pierreries coûteuses ornant la coiffure de l’un d’eux, il serait plus pertinent de parler de leur volonté respective. En effet, trésor animé par différentes raisons et objectifs, gardé plus ou moins secret en leur cœur, ils s’efforçaient de le chérir avec force pour continuer à aller de l’avant dans l’espoir d’un avenir meilleur. Maintenant qu’ils étaient en face à face, les similitudes dans leurs motivations avaient des chances de faire échos et de scintiller davantage ensemble. La question était de savoir si le destin allait leur en laisser la possibilité...

Pour le moment, les cinq minutes de repos exigées par la jeune femme étaient bientôt écoulées... Mais, étant en pleine discussion, les deux adolescents ne voyaient certainement plus le temps passer car leurs dires devenaient de plus en plus prenants, de plus en plus profonds et surtout importants. En effet, après les formalités habituelles lors des nouvelles rencontres et quelques répliques visant à mettre certaines choses au clair, Ichigo avait pu finalement faire part de son grand projet du moment et il était loin de se douter que ça allait marquer un tournant crucial dans les événements à venir. Dans l’immédiat, il attendait de voir si la miss allait accepter de le suivre dans sa démarche, tout comme il attendait des explications sur le Fullbring qu’elle possédait ainsi que le choix qu’elle allait faire pour sa demande de tutoiement. En fait, il avait été rendu curieux avec le peu qu’elle avait mentionné sur ses capacités et prendre connaissance de ce qu’elle était capable de faire ou non allait dans tous les cas servir pour la suite. Quant au dernier point, à savoir s’il était possible qu’elle le tutoie, ce n’était pas négligeable non plus car si elle venait à accepter de participer à son plan, ils allaient être amenés à se côtoyer... Alors, autant déjà faire en sorte à ce que tout soit plus simple au niveau relationnel. Et puis, il avait senti comme une difficulté à ce sujet chez son interlocutrice... C’était comme si elle ne savait pas comment se comporter en sa présence, ni comment répondre... Elle était passée par tous les états émotionnels, ce qui montrait qu’elle n’était pas juste intimidée par lui ou juste influencée par une éducation tirée par quatre épingles. S’il pouvait aussi briser la glace et lui permettre de se libérer un peu sans se prendre la tête, ça allait être toujours ça de plus.

En tout cas, une chose était certaine : il ne l’avait pas laissée indifférente avec ses dires, quels qu’ils soient. Le rouquin était de nature imprévisible et surprenante sur tous les points, mais en plus s’il tombait sur une personne un peu ingénue, l’effet n’était que pire. Il avait réussi à la rendre curieuse, à la faire douter, à renforcer l’expression de son empathie déjà forte ainsi que son attention... Avant de la déstabiliser complètement pour ce qui était du tutoiement. Oui bon, si elle avait été la première à le perdre un peu avec ses multiples réactions, l’ascenseur avait été en quelque sorte renvoyé. Il avait présentement oublié sa propre condition physique pourtant sur le chemin de l’amélioration progressive, étant concentré sur elle, sur son état, sur ce qu’elle allait lui répondre. Alors que quelques feuilles mortes vinrent à être balayées autour d’eux, elle vint à saisir sa chance de mettre fin à l’attente du Shinigami... Et ce dernier n’avait pas fini d’être surpris...

Avec stupéfaction et aussi horreur, il apprit qu’elle avait carrément assisté aux meurtres... Si avoir un témoignage oculaire de plus aidait à confirmer les conclusions qu’ils s’étaient déjà fait concernant cette affaire, à savoir qu’il y avait plusieurs coupables fringués en blancs, réaliser qu’une fille comme elle avait pu voir ce genre de choses et qu’elle allait devoir vivre avec ça en mémoire le révoltait. La pauvre n’avait pas compris dans l’instant que ça n’avait pas été qu’un simple cauchemar, le rappel à la réalité avait dû se faire au lendemain matin avec les sirènes en tout genre... En plus, qui dit qu’elle n’avait pas été repérée aussi ? Il détourna le regard, celui-ci rendu dur... Au moins, elle devait encore mieux voir la menace... Mais, il comprit en même temps qu’en plus d’endurer les blessures sans se plaindre, elle avait aussi un tempérament solide pour réussir à plus ou moins se reprendre face à ce qu’ils disaient afin de pouvoir enchaîner sur la suite. D’apparence fragile, elle faisait pourtant preuve d’une force mentale insoupçonnée et ça indiquait juste un certain chemin parcouru... Ce n’était qu’une question de temps pour que notre épéiste comprenne quel en était le genre.

Mitsuki tenta de ne plus vouvoyer son interlocuteur en luttant contre une habitude bien ancrée... Il ne voulait pas non plus qu’elle se torture avec ça, ce n’était pas l’objectif, mais il ne l’interrompit pas pour ça car la réponse, bien que rythmée à cause d’une certaine hésitation, tomba. Elle n’était pas contre le fait de se joindre à son plan, ce qui rassura d’office l’orangé, mais elle signala d’entrée un bémol… Selon elle. Le sourire qu’elle afficha alors fut étrange, comme si elle était résolue et qu’elle s’en excusait, avant d’énoncer sa capacité tout en observant sa bague qui brillait toujours. Rendre les gens heureux en chantant..? Le jeune homme cligna des yeux devant cet aveu... Elle prétendit ensuite que la chose était inutile... Certes, sur le terrain, ça pouvait paraître dérisoire... Mais, Ichigo voyait déjà quelque chose de crucial dans ce don... Pouvoir influencer les émotions, c’est influencer les personnes et donc les évènements... Non, ce n’était pas inutile, loin de là... Et le lycéen secoua négativement la tête pour le signifier. C’était juste une capacité nullement physique, inefficace contre une quelconque arme entre autre, car elle était psychique et il ne fallait pas la sous-estimer. Il y avait un truc à exploiter dans ce concept... Et son petit doigt lui disait que ce n’était là que le début, qu’elle allait pouvoir faire bien plus avec de l’entraînement pour développer le Fullbring...

Il sentait qu’elle n’allait pas déjà s’arrêter dans sa prise de parole, qu’elle était bien décidée à répondre à toutes les interrogations à son tour. Aussi, il conserva son silence et toute son attention sur elle. Il se redressa cependant quelque peu, comme souhaitant changer de position assise. Ainsi, il se posta désormais en tailleur, les mains sur les genoux, tandis qu’elle s’attaquait au sujet des vibrations qui avait chiffonné le Shinigami Daikô. Elle n’en avait parlé à personne avant car ça lui avait semblé naturel... Alors que ce n’était pas le cas. Elle affirma ainsi entendre le reiatsu... Les sourcils habituellement froncés du jeunot se rehaussèrent. Alors ça, s’il pensait ça possible... Réussir à ressentir le reiatsu, mais aussi à l’entendre sous forme d’instruments de musique qui vibrent et qui varient en fonction de l’espèce du concerné... Le pauvre n’avait pas fini d’en découvrir des choses... Tout comme il réalisa qu’elle avait dû percevoir ce qu’il était encore mieux qu’il ne le pensait et d’ailleurs, elle ne manqua pas de l’évoquer en se crispant quelque peu. Lui, il se figea totalement, comme pris dans la glace, le regard désormais écarquillé laissant chuter une dernière perle de sueur de sa joue. Il sonnait comme les Shinigami, ok… Comme les Arrancars… Ok, enfin, même si c’était plutôt Hollow, mais on allait admettre que c’était pareil… Ensuite, comme les Fullbringers, certes… Mais, quand elle ne s’arrêta pas là pour évoquer un autre élément mystère... Cela eut pour effet de lui jeter un seau d’eau glacée sur la tronche. Elle percevait donc un orgue pour ce qu’elle décrivait être des Vizards, un spacedrum pour les Fullbringers, mais aussi des cordes… Qu’elle n’avait jamais entendu jusque là… Et ça ne manqua pas d’inquiéter le combattant face à elle qui n’avait toujours pas bronché d’un poil. Seul son regard daigna changer d’angle quand elle leva sa main possédant l’anneau au majeur. Elle avoua avoir toujours vu les entités spirituelles, mais sans avoir vraiment réalisé jusqu’à il y a un mois qu’il n’y avait rien de normal là-dedans... Donc pour ce qui était des instruments, elle avait en même temps compris que ce n’était pas juste son esprit lui jouant aléatoirement des tours, mais qu’il s’agissait de sa perception des autres détenteurs de reiatsu. D’accord... D’accord… Rien que ça... Ichigo avait déjà pris conscience du fait que la soirée allait être longue et éprouvante, mais il n’avait pas pensé un seul instant qu’il allait avoir droit à une révélation inédite sur lui-même dans l’élan alors qu’il avait uniquement cherché à comprendre le pouvoir de son interlocutrice.

Au final, il tenta de sortir de sa torpeur en poussant un soupir bien profond et contrôlé... Il ignorait s’il devait prendre pour argent comptant les dires de la demoiselle, mais il ne voulait pas non plus la démentir alors qu’il n’avait rien pour prouver qu’elle avait des hallucinations... Déjà qu’elle avait capté d’entrée de jeu ses différentes natures, donc qu’elle en capte une autre... Pourquoi elle allait inventer ça alors que tout le reste était vrai..? Et dire que son père avait des choses à lui dire, mais qu’il n’était pas encore prêt à le faire... Lui qui était résolu à attendre pour ne pas le froisser, il se demandait s’il allait tenir encore longtemps... Bien sûr que si, il se le devait, parce qu’il n’avait qu’une parole, et ce n’était pas cette nouvelle qui allait le faire flancher. Il décida donc de faire radicalement abstraction de la chose et il avait déjà trouvé l’alibi plus ou moins en béton pour ça.



Ok ! Bon, je pense que les cinq minutes sont passées. Allez, en route !


Le bretteur se releva avec aplomb en ramassant son épée qu’il remit dans son dos, le ruban revenant s’enrouler autour de la lame et de la sangle rouge pour les lier et permettre le maintient. Là, il tendit sa main vers Mitsuki pour l’aider à se lever aussi... Avant de vivement se rappeler qu’elle était blessée et sans doute toujours éprouvée par ce qu’elle venait de vivre… Et qu’il n’y avait pas de temps à perdre. Il renonça donc en rebaissant sa main, mais il se rapprocha vivement de la brunette en se plaçant à côté d’elle, avant d’entreprendre de la soulever précautionneusement pour permettre au bras blessé de ne pas être touché et de rester posé sur les jambes. On l’aura compris, il la portait en princesse, maintenant son dos et le dessous des jambes. Là, il ignora toutes protestations, même son corps lui rappelant à sa manière qu’il ne devait pas forcer ou il allait lui en coûter, pour partir en direction de chez lui en usant du shunpo et en passant par les toits... Et un petit tour de manège à sensation pour la petite dame ! Ça pouvait être génial... Si l’on n’était pas cardiaque. Il ignorait le malaise permanent étouffant la vie de la Fullbringer...

Il n’y avait pas un chat en ville, et de toute façon, Ichigo progressait bien trop vite dans son parcours pour que quiconque puisse vraiment apercevoir une jeune femme évoluer toute seule dans les airs sans aucun artifice. Par contre, cinq minutes de repos à tout casser était bien évidemment très peu, on l’avait déjà signalé, et les jambes du porteur recommençaient à s’engourdir de plus belle, les essoufflements venant à nouveau lui saisir la poitrine avec force. Avec ténacité, il prit sur lui, jusqu’à pouvoir convenablement déposer la passagère devant la vitrine de la clinique Kurosaki. Puis, sans attendre une seconde de plus, il ouvrit la porte vitrée et invita ainsi indirectement Mitsuki à entrer à sa suite pour le suivre à l’intérieur. Il y avait encore de la lumière dans une pièce ouverte plus loin et il s’y dirigea pour se présenter au seuil de la porte.



Oyaji..?


Son père, qui était en train de ranger du matériel médical tout juste nettoyé, releva le nez vers lui et sourcilla dans un premier temps rien qu’en le voyant épuisé et sous sa forme spirituelle. Dans un second temps, il s’approcha et suivit du regard la main de l’adolescent qui montrait la blessée tout juste arrivée. Il en fronça les sourcils, mais il voulut dédramatiser d’office par réflexe à l’aide d’un sourire en rejoignant l’intéressée.


C’est la deuxième demoiselle blessée que tu ramènes en moins de quinze jours... Mais, je vois que tu vises de mieux en mieux et de plus en plus haut, Ichigo !


Le rouquin se fit aussitôt blasé... Et même mauvais. Mais, il se retint de lui en décoller une pour le sous-entendu mal placé... Genre, s’il ramenait des filles blessées, c’était pour draguer ? Il savait pertinemment que son vieux plaisantait, mais c’était chiant à entendre quand même sur le coup et qu’est-ce que la pauvre allait penser de lui ?! Sinon oui, quinze jours avant, il était venu en urgence à la clinique avec I.R.U. blessée dans ses bras. D’ailleurs, l’américaine devait tranquillement dormir dans une des chambres de l’établissement... Bref, Isshin ne faisait plus attention à son gamin pour sa part, il était déjà en train de jeter un coup d’œil à l’état de la métisse. Inutile d’être surdoué pour toute de suite apercevoir l’angle étrange de l’épaule et la brûlure à demie cachée par la manche de la tenue qui ne sembla aucunement retenir l’attention du médecin... Pour le moment. Néanmoins, vu que la victime était consciente, il s’assura qu’il n’y avait rien d’autre en la questionnant.


À part ton épaule et cette brûlure, as-tu une autre blessure, Mitsuki-chan ?


Le fiston vint à grossir les yeux à cette nomination ô combien familière... Il réalisa que son daron connaissait déjà la Fullbringer, mais qu’en plus, il en était plus ou moins proche... Comment ? À quelle occasion l’avait-il rencontré et s’était-il rapproché d’elle pour présentement l'appeler ainsi ? Oui parce qu’il y avait Rukia aussi qu’il nommait de cette manière là... Était-ce une patiente récurrente..? Une grande maladroite qui se blessait souvent ? Ou y avait-il autre chose..? Les questions se bousculaient dans l’esprit pourtant déjà tourmenté du rouquin qui s’en tenait à garder le silence pour laisser les soins se faire... C’était la priorité pour l’instant... Même s’il jugeait de temps à autres son paternel cachottier du regard.


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Mer 11 Oct - 23:23




La force était une notion compliquée à entrevoir. On s’attardait généralement sur un physique avantageux pour le combat, une puissance quelconque. Quelque chose qui avait une forme imposante. Pourtant, ce terme pouvait aussi se rapporter à un esprit, car certains traversaient plus facilement la souffrance que d’autres. Et il arrivait que parfois, ces personnes soient tellement habituées aux horreurs et à la douleur que leur force ne résidait plus uniquement sur leur esprit, mais aussi sur leur comportement et leur volonté de poursuivre. Ces gens-là étaient plus nombreux qu’on ne pouvait le croire dans le monde, mais rares étaient ceux qui dévoilaient réellement l’étendue de leur force. En vérité, ils la cachent, la plupart du temps, comme une honte, un fardeau qui se conserve mais ne se partage pas. L’impression de se plaindre les retient, alors ils font semblant, pourtant, ce ne serait que normal, mais non. Ils ne disent rien, et s’ils portent un masque en public, ils se cachent pour pleurer. Ces gens-là font généralement partit de deux catégories de personnes. Celles qui sourient et aident le plus possible les autres avec un apport moral et un soutien tendre… Et celles qui rendent cette souffrance aux centuples en donnant l’impression de ne jamais l’avoir connu…

Mitsuki était une de ces personnes.

Heureusement, elle faisait partie de la première catégorie, bien que cela ne se voit que très peu étant donné l’absence de contact avec les autres humains. Elle savait décrypter les regards, les gestes, les tics du faciès, un apprentissage qui lui avait permis, pendant longtemps, d’esquiver les coups de ses camarades d’école qui ne voulaient pas avoir affaire à « la mourante. » Mais comme tout le monde, la demoiselle avait aussi des défauts, soit en général une trop forte culpabilité liée, entre autre, à sa colère envers ceux qui ne souffraient pas, une légère impulsivité émotionnelle lorsque la situation la sortait de l’ordinaire, et enfin, une manière incroyable de toujours trouver le moyen de se dénigrer. Pour le moment, le rouquin n’avait eu affaire qu’à la culpabilité et l’impulsivité de la demoiselle. Mais les surprises n’étaient pas encore toute arrivées, que ce soit pour lui, ou pour elle… Et si Mitsuki n’avait pas été aussi traumatisée que l’aurait dû être une jeune fille de son âge face à la mort, c’était parce que cette dernière faisait partie de son quotidien depuis sa naissance… Elle avait d’ailleurs fini par croire sa tante pendant un moment… Et s’était cru responsable du décès de sa mère… Mais elle avait ensuite pu regarder les vidéos que son père avait fait avant sa naissance, elle avait pu étudier le tempérament de sa génitrice, et après réflexion, elle aurait fait la même chose avec ses propres enfants.

Ensuite, son pouvoir… Ah… Ce dernier était évidemment, à ses yeux du moins, d’une inutilité des plus totales, cependant, après réflexion, encore, et surtout, après que le rouquin ait vivement secoué la tête lors de ses aveux… Elle se posa mentalement une question… Est-ce que ce dernier pouvait-être justement lié au fait qu’elle ne souhaitait sa souffrance personnelle à personne et désirait voir le plus de sourire en ce monde ? Possible… Elle ne savait toujours pas quoi en faire cependant. Mais encore une fois, sa manière de parler et d’agir avait sous-entendu sa force… Elle l’avait décrit sans qu’aucune animosité ne se fasse au sujet de ses natures. Bon, le pauvre ne pouvait évidemment pas savoir que sa première rencontre avec le monde du surnaturel s’était faite en étalant de la farine et des œufs sur la tête d’un arrancar, mais en même temps, c’était aussi quelque peu dur à croire comme fait. En fait… La vie et la force de la demoiselle révélait du terme de l’étrangeté, elle réfléchissait bizarrement, faisait d’étranges coalitions et liens avec ce qu’elle voyait et, de par sa nature de riche héritière métisse, elle avait été amené à côtoyer de bien étranges personnes au cours de sa jeunesse. D’ailleurs, après mure réflexion… Elle n’avait jamais vu de japonais aussi roux que ce garçon, et la couleur de ses sourcils sous-entendait que c’était naturel…

Le pauvre, lui, s’était cependant figé face à cet aveu ô combien surprenant sur sa nature… Mais la demoiselle, elle, était encore plongée dans les doutes de ses explications. Avait-elle était concise dans ses mots ? pas sûre… Etant donné qu’elle ne savait pas réellement comment expliquer les vibrations qu’elle sentait à proximité des gens. Son explication du shinigami-arrancar était quelque peu bancale, mais elle n’avait pas de nom à mettre dessus, et dire qu’il vibrait comme la fillette blonde de ce matin ne l’aurait probablement pas aiguillé outre-mesure. Pour autant, si Mitsuki doutait, elle n’était pas totalement fermée aux alentours… Et le long soupir que le jeune homme expira lui fit relever les yeux vers lui… C’était fou comme un être humain pouvait être fort… Lui aussi, il l’était… Elle le voyait, capable de tenir debout alors que tout son corps semblait vouloir s’enfoncer sous terre, et pensant en premier lieux aux autres avant de penser à lui-même malgré son moral abattu vu le regard qu’il possédait. Le regard de quelqu’un qui avait grandi trop vite et trop violemment, comme un jeune soldat… Elle en avait rencontré durant ses quelques voyages liés au concours de danse et représentations d’opéra.

Oui c’était ça, il avait le regard d’un soldat brisé…

C’est lors de cette constatation qu’elle se mordit pour la énième fois la lèvre inferieur. Ce n’était pas normal… Il disait être humain, donc il devait avoir son âge… Ou peut-être était-il légèrement plus âgé… Mais il n’aurait pas dû vivre ça. Hélas ses pensées n’eurent pas le loisir de se poursuivre, puisqu’il se relevait vivement, et elle se demanda d’ailleurs comment il faisait pour ne pas basculer en avant vu la facilité qu’elle avait eu à l’entrainer par terre plus tôt. Mais pouvait-elle protester ? Non… Elle était déjà parvenue à obtenir ce petit temps de pause, elle n’allait pas abuser non plus. Cependant, la surprise allait devenir monnaie courante sous peu, et d’une manière à laquelle elle n’aurait jamais pu penser, même sous l’effet du champagne… Comme il disait que les cinq minutes qu’elle avait presque ordonné étaient écoulées, il semblait prêt à se remettre en route, et pour cela, il ramassa d’abord son épée, qu’elle put voir se rattacher toute seule dans son dos, avant de tendre la main pour l’aider à se relever. La jeune femme aux yeux saphirs cligna ces derniers à cette main tendue… Première fois qu’on l’aidait à se relever – d’habitude on la mettait par terre… - et releva sa main libre pour saisir cette dernière lentement.

Peut-être trop…

En moins de temps qu’il n’en faut pour dire « ouf », il rabaissa sa main tendue, se pencha sur elle et vint la saisir délicatement comme on porte une princesse ou une jeune mariée. Toute crispée entre ses bras, qu’elle comparait désormais à ceux des quelques partenaires de danse masculin qu’elle avait connus, son visage avait pris une très jolie teinte rouge. Il avait la peau chaude… C’était une réflexion comme une autre, mais elle avait le mérite de traverser l’esprit de la chanteuse, qui était désormais incapable de faire le moindre mouvement. Son bras meurtrit était posé sur son ventre, l’autre recroquevillé sur sa poitrine couverte de soie et tirant sur ses manches lourdes. Pendant un instant, elle se demanda pourquoi les hommes de cette ville passait leur temps à la prendre sur leur dos, dans leur bras ou autre pour essayer de l’amener quelque part… Car elle n’avait jamais eu autant de contact avec des individus de sexe masculin n’étant pas du milieu de la danse classique auparavant… Et depuis qu’elle était ici… ça n’arrêtait pas… Avait-elle l’air aussi fragile qu’un morceau de sucre et légère comme une plume au point de ne plus savoir marcher? Dans tous les cas, c’était la première surprise assez conséquente depuis qu’ils s’étaient relevés de leur pause de cinq minutes…

La seconde, et non pas la moindre, se fit lorsqu’il l’entraina dans une course de son, de couleur et de lumière incompréhensible en passant par les toits. Et là, ce fut comme avec Gaël. Le souffle lui manqua subitement, son cœur se mit à battre bien plus vite, se faisant quelque peu douloureux tandis que le manque d’air lui donnait le vertige. Mais contrairement à la première fois qu’elle avait expérimenté cette chose avec le français, c’était comme s’ils étaient partit en avant, et boum, un nouveau flash. Il y en eut plusieurs jusqu’à ce qu’il finisse par se stopper, et contre son épaule gauche, celle qui reposait contre son torse à vrai dire, elle pouvait sentir de grandes inspirations laborieuses se faire… Ce qui lui permit, une fois à l’arrêt, de comprendre qu’elle aussi, devait reprendre son souffle. Ce qu’elle fit en papillonnant des yeux pour essayer de se remettre de ce phénomène. Elle entendait des bourdonnements dans ses oreilles, et des coups plus forts entre chaque… son cœur lui faisait mal… Moins que lorsque les hollows l’avaient attaqué, mais tout de même assez gênant. Elle déglutit pour se remettre de ce transport étrange avant d’être déposée au sol devant une grande vitre qui lui semblait familière.

Par reflexe, elle releva la tête pour voir de quoi il s’agissait…

Troisième surprise… Est-ce qu’elle devait rire ? Comment avait-il fait pour la ramener justement chez son médecin ? Le seul véritable médecin qui méritait son respect selon elle, puisque là pour la soigner, et non pour prendre son argent. Ce qui était admirable pour la chanteuse, et elle le trouvait généralement très amusant et chaleureux. Mais à présent qu’elle se trouvait devant sa clinique, plusieurs questions vinrent prendre possession de son esprit. Une main sur le cœur pour tenter de calmer ce dernier en récitant des gammes mentales, elle suivit le rouquin à l’intérieur, oubliant par la même que le médecin en question n’était pas censé voir les esprits, et donc, le jeune homme qui l’avait sauvé. Mais elle suivit malgré tout jusqu’à la petite pièce du fond encore éclairée. Mitsuki n’était pas au bout de ses surprises cependant, car le garçon ne se présenta pas comme elle s’y attendait. En fait, il héla plutôt le médecin en question, mais la manière dont il le fit fut l’équivalent d’une baffe magistrale pour la chanteuse. Oyaji…Toutes ses réflexions volèrent en éclat lorsqu’elle comprit.

Kurosaki Ichigo… Kurosaki Isshin… La clinique…

Mitsuki croyait au destin… Elle croyait aussi aux réincarnations, et aux créatures divines des contes et légendes… Mais le destin, elle y croyait fortement. Si bien que plusieurs fois, pour se rassurer, elle s’était dit que puisque c’était écrit, c’était normal… Si quelque chose de douloureux lui arrivait, alors il aurait son équivalent de bonté après. Du moins c’était dans sa logique afin de ne plus partir en complète dépression comme après sa découverte de l’état critique dans lequel elle était à cause de sa cardiomyopathie. Mais là… Non seulement elle croyait au destin, mais en plus, ce dernier se foutait allègrement de sa gueule… Et elle n’était même pas vulgaire. Voilà presque deux ans qu’elle vivait ici, deux ans que, presque toutes les semaines, elle se rendait à la clinique après un effort trop grand ou pour refaire son stock de calmant pour son cœur, n’étant pas délivré sur ordonnance dans les pharmacies mais uniquement dans les hôpitaux et cliniques privés… Et cela faisait plusieurs mois déjà qu’elle cherchait le possesseur de ce regard qui l’avait hanté jusque-là afin d’apaiser son âme.

Quelles étaient les probabilités pour que celui qu’elle cherche soit le fils de celui qui la soignait depuis le début, et que, depuis ces deux ans ici, elle n’avait pu le croiser qu’une fois, alors qu’elle passait tellement souvent dans cet endroit qu’elle connaissait par cœur les défauts du bureau sur lequel travaillait le médecin ? Elle n’en savait rien, mais elle avait envie de rire… Nerveusement bien sûr, mais c’en était ridicule… Une farce du hasard pour le coup. Bouddha devait se moquer d’elle en cet instant… Mais son visage, au lieu de montrer le comique de cette situation, était blême. Et elle ne remarqua pas tout de suite celui qui s’occupait habituellement de son cœur, du moins jusqu’à ce qu’il hausse la voix… Et les propos tenus la laissèrent… encore plus perdue. L’idée de s’enfoncer la tête dans un coussin et crier un bon coup se faisait sentir… Elle s’était stressée pour rien, pendant des jours et des jours… C’était sous son nez… Il avait toujours été là, pas loin d’elle… Et sa crainte de ne jamais pouvoir lui offrir le réconfort qu’il méritait l’avait poussé dans ses retranchements, travaillant d’arrache-pied pour pouvoir trouver le moyen de l’aider au mieux, ce qui l’avait conduite à venir plus souvent ici ces derniers temps…

En clair… La situation était loquace…

Et maintenant, elle se rappelait très clairement d’avoir parlé à Isshin de la raison pour laquelle elle s’épuisait plus… Elle voulait rendre quelqu’un heureux… Elle lui avait dit ne pas le connaitre, mais elle voulait qu’il puisse l’entendre un jour, comme ces enfants qui repartaient joyeux après l’avoir écouté chanter. Elle n’était pas certaine de l’avoir décrit au médecin… Mais maintenant, elle avait un doute, et ce doute l’inquiétait autant si ce n’est plus, puisque les paroles du praticien étaient toujours bizarres. Apparemment, elle était la deuxième fille blessée qu’Ichigo ramenait ici… Ce qui la faisait tiquer cependant, c’était le fait qu’il parle de viser mieux et plus haut… Est-ce qu’il parlait de sa carrière avortée pour cœur malade et au bord de l’éclatement ? Possible… Mais le fils d’Isshin ne semblait pas apprécier la blague, et elle… Elle… Elle se disait que franchement, sa vie devenait n’importe quoi depuis qu’elle était arrivée ici. Mais lorsque le brun vint l’examiner quelque peu, elle se laissa faire, détournant le regard en sentant celui du rouquin se poser sur eux.

Evidemment, un malheur n’arrive jamais seul, et Isshin posa la question qu’elle redoutait toujours mais commençait à connaitre par cœur… Il n’avait pas nommé le problème, mais c’était clairement ce dernier qu’il visait. Soudainement, le visage de la jeune fille changea, s’il était pâle, ses yeux s’étaient fait fuyant, douloureux aussi. Son bras intact s’était tendu, et elle avait serré la soie bleue entre ses doigts pour retenir sa douleur morale. Pourtant, aucune larme ne glissa sur ses joues, et un air résigné se peignit sur ses traits graciles. Pourquoi est-ce que c’était si dur d’admettre que son cœur avait encore faillit la lâcher ? Parce que c’était admettre qu’elle n’était pas libérée de ce fardeau, et que par extension, le jeune homme qu’elle voulait aider et qui était présentement dans la pièce saurait… Et elle ne savait pas pourquoi, mais elle avait l’impression qu’il allait le prendre pour lui et culpabiliser… Et ce secret… Son secret, elle le haïssait plus que tout de base, alors ça n’aidait pas… Mais elle n’avait pas le choix, déjà parce que même en mentant, Isshin saurait, et ensuite… Parce que les projets du rouquin avaient pour but de la protéger et de protéger ceux qui étaient comme elle… Il avait le droit de savoir…

Même si c’était probablement admettre que ceux qu’il appelait quincy n’auraient rien à faire pour qu’elle s’éteigne…


Alors, prenant une inspiration intense pour se donner du courage, elle planta son regard dans le vide, ignorant la tension qui grimpait en elle et le fait que ses dents grinçaient, avant de répondre. « Oui… » Son cœur était encore douloureux du voyage, et vu ce qu’il s’était passé, il fallait qu’elle prenne un tranquillisant, par précaution. Sa tête devint lourde… Ichigo n’était même pas conscient de l’avoir sauvé par deux fois cette nuit, non, il ne pensait qu’aux hollows, et c’était probablement pour ça qu’il ne comprenait pas ses remerciements intempestifs. Il y voyait là son travail, son labeur… Mais il l’avait sauvé autrement, elle ne savait pas comment il avait fait, mais en tranchant le hollows, son cœur s’était soudainement calmé de ses embardées monstrueuses, et il avait repris un rythme normal. « Je… je vais avoir besoin de cachets… Isshin-Yīshēng… » Elle déglutit… Il ne se contenterait pas de ça, elle le savait… Il fallait qu’elle explique pourquoi… « Je… J’ai failli partir cette nuit… Mon cœur il… Je n’ai pas compris… Mais… » Elle inspira de nouveau, pour reprendre contenance, et reprit la parole. « Je suis d’abord tombée de la colline puis… J’ai été attaquée et… J’ai fait… » Elle voilà son regard, ne voulant plus croiser les leurs. « J’ai fait un infarctus… Mais je ne sais pas comment j’en suis sortie… Jusque que c’est Ichigo qui en est à l’origine… En me sauvant… » Voilà… C’était dit.

Le secret n’en était plus un.



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Jeu 7 Déc - 11:06




Et ça continue...


Tant d’interrogations... Tant d’hypothèses... Tant de préoccupations... Tant de souvenirs douloureux... Tant de réflexions sombres... L’esprit habituellement alerte et vif d’Ichigo était tourmenté à un tel point que s’il fallait transposer sa situation sous forme de métaphore, l’amas de pensées l’assaillant serait alors un épais océan noir et profond dans lequel il se serait plongé sans pouvoir émerger de nouveau. C’était ça, il se noyait littéralement malgré ses efforts pour se débattre et se sortir de là. Une migraine prenait ainsi d’assaut son crâne en même temps que son cœur se serrait dans sa poitrine. Son épuisement n’arrangeait pas son moral et il pouvait ainsi donner l’impression que ses nerfs allaient lâcher sous la pression. Pourtant, il tenait à continuer coûte que coûte... Il ne voulait pas craquer, tout comme il cherchait à tout dissimuler pour ne rien montrer... Même si c’était foutu d’avance. Il lui était difficile de faire comme si de rien n’était, d’abord parce qu’il était un mauvais comédien, mais aussi parce qu’il traînait un poids bien trop lourd... Après tout, la liste de ce qui composait ce fardeau était plutôt bien fournie.

D’abord, il y avait son inquiétude concernant la situation actuelle et l’avenir à cause des multiples meurtres sanglants qui annonçaient clairement une imposante menace omniprésente et sûrement grandissante. Avec ses propres recherches, le jeune homme avait pu déduire pas mal de choses, notamment le fait qu’il y avait plusieurs coupables et qu’ils constituaient tout un groupe de Quincys bien organisé ciblant des Fullbringers. Toutefois, leur réelle motivation lui restait inconnue, bien qu’il puisse émettre beau nombre de suppositions à ce sujet... En fait, les raisons d’un tel évènement pouvaient bien pleuvoir, il en fallait une bonne pour que des prétendus défenseurs des humains en viennent à commettre l’irréparable sur ces derniers... Avaient-ils commis ces atrocités parce que les victimes avaient vu ou fait quelque chose qu’il ne fallait pas ? Si c’était ça, qu’est-ce que ce serait ? Ou bien était-ce parce que les Fullbrings étaient d’origine Hollow et que ça les répugnait en conséquence ? C’était stupide, mais on ne savait jamais... À moins que ce ne soit pour provoquer et même attirer les Shinigami ? Après tout, il ne fallait pas oublier que les épéistes en noir et les archers en blanc étaient ennemis et que les premiers avaient fini par massacrer radicalement les seconds afin de préserver l’équilibre des âmes que ces derniers menaçaient. Ceci dit, si les meurtriers de la veille voulaient vraiment remettre le couvert, c’était raté pour le moment... Aucun combattant du Gotei 13 ne s’était encore montré, ce qui était d’ailleurs vraiment étrange... Il avait dû aussi se passer quelque chose à la Soul Society, mais l’adolescent ne pouvait pas encore se permettre d’y aller... Il avait encore trop à faire au Gensei. Mais, s’il y avait réellement eu un problème là-bas, on viendrait sûrement l’en informer sous peu, pas vrai ? Il l’espérait, il n’avait pas de doute sur le fait qu’il était bien des leurs sans manigance désormais. Une minute... Et si les Shinigami avaient essuyé le même genre d’horreur chez eux..? Cette idée lui glaçait le sang et ne faisait qu’empirer ses craintes. Ses amis du monde spirituel allaient-ils bien ?

Ensuite, il y avait la culpabilité de ne peut-être pas en avoir assez fait pour entraîner sa camarade de classe ou de ne pas avoir été là pour les victimes alors qu’il avait pourtant ressenti la brève vague de reiatsu étrangère dans la nuit. Il était bien conscient qu’il n’était pas un devin ou un surhomme et qu’il ne pouvait pas sauver ou aider tout le monde, mais il était persuadé qu’il aurait pu faire quelque chose s’il avait réagi à ce moment là... N’importe quoi qui aurait contribué à faire en sorte à ce que les pertes soient au moins amoindries... Il était le Shinigami Daikô en charge de Karakura oui ou non ? S’il n’était pas capable d’être présent en cas d’attaque ou de danger, à quoi servait-il ?

Ces idées frôlant la frustration et la dépression engendraient malgré lui le doute vis-à-vis de ses propres capacités à pouvoir mettre en place son plan pour faire face au problème. Était-il vraiment apte à mener une telle opération ? Déjà qu’il n’arrivait même pas à trouver le blondinet richard qui était sensé lui permettre d’y arriver... Et toute son expérience... Était-il réellement capable d’en faire profiter à quelqu’un ? Après tout, s’il avait réussi pour Ratie, elle serait sans doute encore là, non ? Était-ce prétentieux ou même insensé de sa part de se croire à la hauteur d’une telle tâche malgré ça ?

Quant à cette douleur... Celle de perdre une personne plus ou moins proche de soi... Celle qui provoquait le deuil... Elle ne le quittait pas non plus. Cette fille, il avait appris à la connaître durant plusieurs jours... Il l’avait aidée, épaulée... Et même ce brave Jian... Le rouquin l’avait croisé qu’une fois, mais il s’était avéré être un brave homme très loin de mériter un tel sort... Ils n’étaient maintenant plus là. Si la disparition de connaissances était déjà douloureuse, se sentir responsable de leur perte rendait la chose encore plus pénible à supporter.

Puis, de manière plus sourde, des tonnes de questions sur lui-même et sur ce que son père cachait le tenaillaient plus que jamais. La métisse, de part ses aveux concernant son propre pouvoir et ce qu’elle avait pu discerner chez lui avec, était parvenue à un tant soit peu ébranler sa détermination vouée à attendre afin de respecter les sentiments de son paternel. Effectivement, entendre qu’il était sans aucun doute aussi autre chose que ce qu’il savait déjà sur lui-même avait de quoi être déstabilisant... Et ça l’amenait ainsi naturellement à se poser encore plus d’interrogations au sujet de ce que son géniteur gardait secret pour le moment. Pourtant, il n’avait qu’une parole et malgré le malaise provoqué, il pouvait bien patienter encore un peu car cette affaire n’était pas du tout prioritaire au vue des circonstances actuelles... N’est-ce pas ?

D’ailleurs, il y avait aussi l’état de cette fameuse jeune femme qui occupait naturellement une place parmi ses soucis. En effet, son épaule étant méchamment déboîtée et le membre relié à cette dernière étant bien brûlé au niveau du dessus de l’avant-bras la plaçaient dans une condition qui exigeait des soins sans trop traîner. Avec ce qu’il se tramait, son ambition à rassembler les Fullbringers et son tempérament, il avait été évident qu’Ichigo n’allait pas la laisser se débrouiller seule pour aller se faire soigner. Certes, elle était parfaitement capable de marcher et était aussi assez grande pour savoir quoi faire pour son bien être, mais le fait de l’avoir trouvée en train de se faire attaquer par des Hollows alors qu’elle se baladait seule la nuit suivant le massacre et dans une tenue dont la visibilité était comparable à un riche sapin de Noël en plein mois de Juillet n’était pas pour le rassurer au sujet de la notion de prudence de la miss. Quand bien même, sa forme spirituelle lui avait donné la possibilité de presser les choses, tout en le mettant dans l’impossibilité d’aller voir n’importe qui. Donc, même si son corps hurlait en permanence pour obtenir du repos, il n’avait pas hésité à employer les grands moyens pour la ramener rapidement auprès de son vieux qui s’avérait fort heureusement être médecin.

À présent, il se tenait tant bien que mal debout tout en observant distraitement la scène qui se déroulait devant lui, à savoir son daron en train d’ausculter rapidement Mitsuki afin de discerner la moindre blessure dissimulée sur elle... Commencer les soins sans savoir tout ce qu’il y avait pouvait entraîner des complications sérieuses. Bien évidemment, le brun n’avait pas raté l’occasion de charrier son gamin avant de se mettre au boulot, mais la chose fut balayée de l’esprit du plus jeune l’instant d’après. Il fallait dire que la familiarité dont avait fait ensuite preuve le père de famille envers la blessée avait de quoi surprendre car un tel fait indiquait qu’ils se connaissaient déjà plus ou moins et l’orangé se demandait bien comment. Ok, le toubib dirigeait une clinique et était amené à rencontrer des patients chaque jour ou presque, mais ce n’était pas au point de pouvoir les nommer de manière assez intime. Alors, était-elle une patiente récurrente ou bien une connaissance à part entière que le jeunot n’avait encore jamais rencontré ? Dans le premier cas, soit elle était juste une grande maladroite et ce ne serait pas étonnant vu les antécédents récents, soit elle était atteinte de quelque chose qui la forçait à revenir régulièrement et là ce serait préoccupant... Cette dernière pensée rendait Ichigo grave et sombre, comme toutes les autres qui se plaisaient déjà à le hanter. Pourvu que ce ne soit pas ça... Comme pour essayer d’en avoir le cœur net, il tâcha de se montrer attentif pour connaître la réponse à la question du médecin qui consistait à s’assurer qu’elle n’avait rien d’autre que ses blessures apparentes... Mais bizarrement, avec un peu de recul, ça sonnait un tantinet comme une question rhétorique... Non ?

Dès lors, le faciès de la brunette se décomposa à l’écoute de l’interrogation pourtant évidente venant d’un membre du corps médical. Ses yeux se crispèrent avant de fuir ses semblables, tandis que le corps suivait le mouvement en laissant voir le bras indemne se tendre et serrer le tissu qu’il tenait encore. Notre tête de hérisson put évidemment deviner qu’il y avait en effet quelque chose de bien plus grave que le reste... Si grave que l’état du bras semblait largement passer au second plan... C’était ce qu’il craignait et voir un air si désespéré chez la jeune femme lui fendit le cœur. Que cachait-elle de si lourd au point d’avoir du mal à l’avouer ? Une inspiration soudaine chez elle marqua une volonté décisive de rompre le silence, bien que son regard planté vers le sol et sa mâchoire serrée témoignaient de la difficulté pour y parvenir. La réponse brève ne fit que confirmer ce dont Ichigo se doutait déjà... Mais, la suite lui fit grossir les yeux. Des cachets..? Il mettait complètement de côté le qualificatif chinois incompréhensible désignant son père pour rester focalisé sur la notion de nécessité de prendre des cachets. Des cachets pour quoi ? Les prunelles noisette du Shinigami Daikô voyageaient dorénavant entre la métisse et le brun qui lui ne semblait pas plus surpris que ça... Elle n’avait pourtant pas précisé la fonction des cachets, signe que l’adulte était déjà dans la confidence. Cela dit, Kouyama sentit quand même d’elle-même le besoin d’approfondir ses dires, ce qui ne l’enchantait pas du tout à en juger du son de déglutition provenant de sa gorge. Elle déclara ainsi avoir manqué de trépasser. Certes, c’était un fait, mais le rouquin ne s’attendait pas à ce que ce ne soit pas à cause des Hollows... En effet, elle évoqua son cœur... Et le hérisson roux perdit instantanément en couleur en réalisant la nature du problème. Elle tâchait de se reprendre pour terminer de vider son sac, venant à parler de sa chute, de l’attaque... Mais le mot infarctus termina de mettre le jeune homme mal. Le fait que la crise fut passée sans réelle raison - vraisemblablement à cause de l’intervention salutaire du bretteur - passa complètement au-dessus de celui-ci. Isshin, quant à lui, avait laissé sa patiente s’exprimer à son rythme sans la forcer d’aucune façon malgré son inquiétude assez visible pour son état. Il avait d’ailleurs adressé un bref regard assez étrange envers son fils... Réussir à stopper un infarctus juste par sa présence... Il y avait certainement eu un choc émotionnel assez conséquent pour expliquer ça... Plus fort que celui qu’un simple sauvetage pourrait provoquer, aussi inopiné soit-il. Pourtant, ce fut avec un naturel enjoué, mais toutefois sérieux, qu’il termina son observation rapide en se redressant.



Ok ! Bon, si ta crise est passée, alors on va d’abord faire ce qu’il faut avant de te donner un cachet parce qu’il peut y avoir des complications avec ce que tu me présentes là. Je ne le souhaite pas, mais on ne sait jamais !


Des complications... Il entendait par là une possible fracture de l’humérus et/ou de l’omoplate causée par le déboîtement brutal de l’épaule... Et ce genre de cas demandait une opération sous anesthésie générale. Donner des cachets pour le cœur dans ces conditions n’était pas une bonne idée. Il se tourna alors vers le rouquin qui n’avait pas bougé de sa place, mais qui s’était néanmoins adossé contre le mur pour se ménager un minimum en encaissant la nouvelle. Le paternel voyait bien évidemment que son fils aîné était épuisé, mais il avait besoin d’un coup de main pour être efficace.


Ichigo, tu peux aller chercher une poche de glaces pour son épaule ?


L’adolescent était moralement un peu comme dans un état second, mais il acquiesça cependant du chef au service demandé et partit quérir la dite poche de glaçons. Le père, jugeant qu’il était impossible d’immobiliser le bras de Mitsuki comme il fallait dans l’immédiat à cause de la présence de la brûlure, guida pendant ce temps la concernée vers l’évier présent dans la salle. Là, il repoussa soigneusement l’imposante manche pour éviter toute gêne et tout contact superflu par frottement avec la zone agressée. Puis, afin d’éviter à la brunette de bouger le bras pour atteindre le dessous du robinet, il lui fit relever doucement l’avant-bras en lui intimant ensuite de le tenir ainsi et il se servit de sa main pour diriger le filet d’eau vers la plaie. Quand Ichigo revint vers eux avec le petit sac gelé, la demande suivante ne tarda pas à se faire entendre.


Merci ! Maintenant, il faut que tu me remplaces et que tu lui appliques ça le temps que j’aille préparer tout ce qu’il faut ! Je fais vite !


Hochant alors brièvement la tête, l’adolescent vint poser la poche de glaces sur l’épaule de la jeune femme tout en prenant la place de celui qui filait déjà fouiller dans les placards afin d’avoir le nécessaire pour la suite des soins, comme des bandages, une attelle, des compresses et de l’antiseptique. L’orangé ne chercha pas à croiser le regard de la demoiselle, le sien restait plutôt porté sur ce qu’il faisait, à savoir diriger l’eau avec sa main vers la peau brûlée. En fait, s’il se sentait mal en lui-même suite à l’aveu de la miss, c’était parce qu’il avait ramené Mitsuki à la clinique en ayant usé du shunpo sans prévenir alors qu’en fait elle était cardiaque et venait même de subir un infarctus. Il imaginait ainsi ce qui aurait pu arriver sur le chemin à cause de cette erreur... Encore une fois, il n’était pas devin, il n’aurait jamais pu deviner que la Fullbringer était atteinte par un tel maux, mais il était comme ça. Il conservait un silence assez pesant malgré lui, la respiration toujours quelque peu lourde à cause de la fatigue. De son côté, Isshin termina de disposer sur le meuble ce qu’il fallait pour la suite de la prise en charge avant de s’absenter à son tour afin d’aller dans la pièce d’à côté. Il convoitait de préparer l’équipement nécessaire pour faire une radiographie de l’épaule.

Une seconde, puis deux, puis trois... La seule source de bruit provenait de l’eau du robinet terminant dans le trou de l’évier... Ça devenait oppressant... Et pour quelqu’un étant déjà bien malmené mentalement, ce n’était que pire. Ce fut ainsi que le torturé du moment décida automatiquement de palier la chose et il s’adressa donc à la rescapée avec un certain malaise en tâchant de sourire un peu... Assez faussement... Mais en réussissant néanmoins à la regarder en même temps.



Ça va aller ? Tu tiens le coup ?


Il était évident qu’elle devait encore déguster... Mais, il s’agissait là de questions basiques qui permettaient de tromper le silence... Et la savoir aller ne serait-ce qu’un peu mieux était un moyen de soulager quelque peu ses tourments. Secrètement, il réclamait un peu de répit et cette détresse semblait se refléter sourdement dans ses yeux malgré lui.


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